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Deux expositions phares au MAM

Gabriele Münter, Peindre sans détours
#expoGabrieleMunter

Matisse & Marguerite, Le regard d’un père
#expoMatisseMarguerite

Jusqu’au 24 août 2025

Musée d’Art Moderne de Paris, 11 avenue du Président Wilson, Paris 16e

Le Musée d’Art Moderne de Paris présente deux expositions inédites, l’une sur l’importante représentante de l’expressionnisme allemand Gabriele Münter (1877-1962), l’autre sur la relation fructueuse entre Henri Matisse et sa fille Marguerite. Un double choc esthétique.

Gabriele Münter, Portrait de Marianne von Werefkin, 1909. Carton. Munich, Lenbachhaus. Crédit : Städtische Galerie im Lenbachhaus und Kunstbau München, Gabriele Münter Stiftung 1957 © Adagp, Paris, 2025

GABRIELE MÜNTER

Compagnon de Kandinsky lorsque le couple vit à Munich (1903-1914), Gabriele Münter a participé à la fondation du Blaue Reiter (Cavalier Bleu). Sa touche particulière se caractérise par des formes simples, entourées d’un contour noir, des portraits aux visages expressifs, des paysages poétiques, des natures mortes oniriques.

Née à Berlin, elle voyage très jeune. Lors d’un séjour aux Etats-Unis (1898-1900), avant même qu’elle ne commence à peindre, elle se familiarise avec la photographie. Ce médium l’influencera dans sa peinture, ses vues étant souvent des angles audacieux de contre-plongée – rares à l’époque – ou des effets de zoom.

Entre 1906 et 1907, G. Münter séjourne à Paris. Elle expose pour la première fois au Salon des Indépendants en 1907. Un quart de son oeuvre est gravé. Elle réalise également des broderies, comme le montre le début du parcours de l’exposition.

Gabriele Münter, Le Lac bleu, 1954, Huile sur toile. Neue Galerie der Stadt Linz – Lentos Kunstmuseum Linz. Crédit : Neue Galerie der Stadt Linz – Lentos Kunstmuseum Linz © Adagp, Paris

De retour à Munich et à Murnau, la jeune femme développe une peinture expressive, influencée par le fauvisme parisien. Dans le même temps, elle crée des compositions plus sombres, inspirées de l’art populaire.

En 1915, elle s’exile en Scandinavie. Kandinsky retourne en Russie où il se marie. Ce changement de décor et de vie personnelle l’amène à réaliser des tableaux aux tons moins tranchés, dans lesquels la personne humaine joue un rôle important, en accord avec le développement de la figuration dans les années 1920. Ces oeuvres restent pourtant intenses.

MATISSE & MARGUERITE

Marguerite Duthuit Matisse (1894-1982) est l’aînée de deux frères (Pierre et Jean), née d’une première union entre Henri Matisse et son modèle Caroline Joblaud. Matisse épousera ensuite Amélie, qui deviendra elle-même un modèle récurrent du maître.

Henri Matisse, Marguerite, Collioure, hiver 1906-1907 ou printemps 1907. Huile sur toile. Musée national Picasso-Paris. Crédit : Grand palais RMN (musée national Picasso-Paris) / René-Gabriel Ojeda

Marguerite souffre de problèmes de gorge et subit une première trachéotomie à l’âge de sept ans. Pendant de nombreuses années, elle cache la cicatrice sous un ruban noir, qui figure sur chacun des portraits peints par son père.

Henri Matisse, Marguerite lisant, Collioure, été 1906. Huile sur toile. Musée de Grenoble. Crédit : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. Lacroix

Sa santé fragile lui impose une scolarité à domicile, ce qui en fait une « gosse d’atelier », disponible pour les expériences artistiques de son père. Les nombreux portraits peints et dessinés montrent l’évolution de la jeune fille, de la sage élève aux yeux baissés (Marguerite lisant, 1906) à une adolescente affrontant le regard de son père (Marguerite, 1907), jusqu’à la jeune femme élégante posant sur le balcon de l’appartement niçois (Portrait de Mademoiselle Matisse, 1918), en passant par les essais cubistes du maître (Tête blanche et rose, 1915).

Henri Matisse, Marguerite, Collioure, vers 1906-1907. Encre noire sur papier. Collection particulière, Wayland, Massachusetts. Crédit : Christie’s Images / BridgemanImages

« Matisse semblait voir en Marguerite une sorte de miroir de lui-même, comme si, en la dépeignant, il accédait enfin à l’identification presque complète du peintre et de son modèle’ à laquelle il aspirait », commente Isabelle Monod-Fontaine, co-commissaire de l’exposition.

Henri Matisse, Le Paravent mauresque, Nice, place Charles-Félix, septembre 1921. Huile sur toile. Philadelphia Museum of Art. Crédit : Philadelphia Museum of Art

Progressivement Marguerite s’estompe du premier plan des oeuvres de son père. Elle apparaît souvent, complice, aux côtés du modèle professionnel Henriette Darricarrère, posant dans des tenues recherchées, au bal, au carnaval, dans des décors riches en tapisseries, paravents, moucharabiehs.

Henri Matisse, La Fête des fleurs. Nice, hôtel de la Méditerranée, 1922. Huile sur toile. Baltimore Museum of Art, Maryland, The Cone Collection

Lorsque Marguerite épouse l’écrivain Georges Duthuit (1923), elle disparaît des tableaux de son père. Mais elle joue un rôle actif dans la défense de son oeuvre, servant d’intermédiaire entre les collectionneurs, les conservateurs, les marchands d’art. Parallèlement, la jeune réalise ses propres peintures et des créations de mode.

Une salle montre une ultime série de dessins qui la montrent abîmée par la torture suite à son arrestation par les Allemands pour ses actes de Résistance. Elle échappe de peu à la déportation.

Le parcours se conclut sur une vidéo réalisée par Elisabeth Kapnist qui met en avant la vie de Marguerite et son lien très fort avec son père.

Deux expositions enrichissantes, dotées d’oeuvres inédites aux couleurs flamboyantes. Quelle pêche en sortant !

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